Revente d’électricité

Grancanal et la fée Electricité
Grancanal s’est toujours inscrite dans le progrès. Et, dans les années 1970, l’énergie du progrès c’est l’électricité. Rien de bien bien surprenant donc que la résidence soit équipée d’un chauffage électrique.
Entièrement électrique et entièrement dépendante d’Electricité de France (EDF) : il est convenu avec EdF qu’elle achètera son courant au tarif de l’industrie, en haute tension, et qu’il sera transformé dans la résidence pour être y distribué et satisfaire divers usages : l’électricité domestique de chaque résident pour son chauffage, son éclairage, etc., l’électricité consommée dans les ballons d’eau chaude qui réchauffent l’eau fournie par la ville de Paris pour les bains et douches de mesdames et messieurs les résidents, et enfin l’électricité des parties communes pour éclairer les halls, les escaliers et sous-sols, faire monter et descendre les ascenseurs, activer la ventilation mécanique contrôlée, etc.
Trois usages, trois consommations différentes, pour un seul producteur/fournisseur. Une seule facture : pour la grande maison EDF, il faut faire simple. Pas question d’équiper de beaux compteurs bleus des centaines d’appartements ; la facture sera répartie par un barème : mais comment l’établir ? Le prix de l’électricité a fortement augmenté en 1973, puis en 1979 à la suite des chocs pétroliers et ce n’est pas si aisé de prendre en compte la situation de chacun. Les dernières tranches de la résidence construites après l’interruption des travaux décidée en 1976 par le juge, ne participent plus à ce mécanisme que pour les parties communes et l’eau chaude. Les résidents de la deuxième heure disposent certes d’un compteur EDF mais gèrent directement leur abonnement domestique.
La fée Électricité récompense Grancanal de sa fidélité.

Après tant d’années d’idylle la fée Electricité lui fit un cadeau : de temps en temps, la résidence ne consomme plus d’électricité pour ses besoins propres, mais elle en produit ; plus exactement les dépenses communes d’électricité présentent régulièrement un montant montant négatif. Un cadeau modeste au regard des millions d’euros dépensés depuis un demi-siècle pour les douches et le chauffage des résidents, mais bien réel cependant. Comme par un renversement de la physique, les photons des ampoules semblaient avoir produit des électrons au bénéfice direct des copropriétaires de parkings et de caves.
À moins, hypothèse qu’émirent quelques copropriétaires sceptiques, que ce ne fut le résultat d’une erreur grossière dans le mécanisme complexe de répartition de la faccture d’électricité domestique et d’eau chaude, établi il y a bien lontemps….
